Wallonie Design accompagne chaque année plusieurs dizaines de projets entrepreneuriaux. Pour mieux faire comprendre notre travail, nous mettons en avant quelques-uns de ces projets. Aujourd’hui, focus sur le projet SCRAP de l’ETA Metalgroup, qui montre comment un produit devrait être la matérialisation d’une stratégie.
Diane de Meulenaere, directrice de l’ETA Metalgroup, a rencontré Richard Lecomte et Coralie Miessen de chez Wallonie Design lors d’une réunion d’orientation, comme nous les appelons en interne. Il s’agit d’un premier rendez-vous permettant de sonder le projet et de conseiller sur l’apport du design.
Quelques mois plus tard, Marie Dedry, chargée de projets | conseil stratégie de marque, a repris le dossier pour accompagner la directrice suite aux besoins détectés lors de l’orientation.
En parallèle, Metalgroup est accompagnée par Charleroi Entreprendre pour le volet commercial et a bénéficié de subsides Go Circular du SPW pour travailler sur les aspects de durabilité du projet avec l’ICEDD.
SCRAP, c’est un projet créé au sein de l’ETA pour valoriser des chutes de matériaux issus des différents ateliers pour en créer du mobilier et le vendre.
Après plus d’un an d’existence, le projet a appuyé sur le bouton pause en raison du manque de temps et de ressources humaines pour mener à bien ce projet, mais aussi par manque de matériau (chutes) et de compétences techniques des équipes. La mobilisation des équipes internes sur SCRAP est impactée par les autres commandes prioritaires et les tâches quotidiennes… Les ventes n’ont pas encore décollé mais l’envie de rendre pérenne la marque est bien présente.
Toute une série d’enseignements sont bons à tirer de ce projet. Marie Dedry propose de les passer en revue de son point de vue.
Marie Dedry : « Ce que je retiens de ce cas en tant qu’experte stratégie de marque »
Cet avis n’engage que son auteure. Notre équipe est pleinement consciente qu’entreprendre est un défi complexe et que chaque entrepreneur·euse fait de son mieux avec les ressources à sa disposition.

« Le projet SCRAP a le potentiel de passer de l’échelon « je produis un objet » à celui de « mon objet est une stratégie d’innovation économique, durable et sociale. »
— Marie Dedry, chargée de projets | conseil stratégie de marque
“Ce que je trouve super dans ce projet, c’est qu’il est organique.
Dans le projet SCRAP, le design a permis…
- De rendre commercialement pertinente la marque grâce à des produits standardisés et vendables ;
- De professionnaliser la conception et la communication ;
- De construire une identité de marque crédible ;
- D’apporter une validation externe qui aide à convaincre les équipes internes et les revendeurs.
Né d’une envie et d’une réalité de terrain, ce projet met en avant une série de constats et d’enseignements précis et pratiques, qui pourront très certainement éclairer d’autres entreprises d’économie sociale.
L’un des premiers points, d’ailleurs souligné par l’équipe de Metalgroup, est qu’elle aurait dû se faire accompagner aux niveaux business et design bien plus tôt, dès la naissance de l’idée du projet. C’est à présent le cas avec Charleroi Entreprendre et Wallonie Design.
Je travaille depuis plus de dix ans dans l’accompagnement entrepreneurial, et ce que je remarque, c’est que les entreprises n’ont pas toujours une vision claire du futur de leur projet et du pourquoi elle le lance. Elles n’anticipent pas la possibilité que le projet fonctionne et les conséquences que cela peut avoir en termes de production, de ressources humaines et de temps. Être accompagné dès le début permet de prendre du recul, d’objectivé, de challenger, de réfléchir, de valider la cohérence entre le projet et la vision… Le but étant d’atteindre son objectif de façon plus directe.
L’étape suivante, indispensable à tout lancement de projet dans une entreprise, est de se questionner sur le pourquoi on souhaite le développer : quels sont les objectifs ? quel sens souhaite-t-on trouver ? Dans le cas de Metalgroup, il s’agit d’un projet durable et circulaire. L’un des principes de la durabilité est de ne pas produire de nouvelles choses, or c’est exactement l’objectif de SCRAP. Pourtant, ce qu’on peut déceler entre les lignes, c’est un objectif tout aussi, si pas plus important : celui d’ordre social.
Concernant la production spécifique pour SCRAP, des exigences qualité et de finition sont requises pour que les objets soient commercialisables. Cela demande une révision de processus de production et une professionnalisation de certaines étapes. Cela étant dit, cela permet une montée en compétences des employé·es, qui proposaient déjà du travail de qualité, et qui se voient progresser d’un point de vue technique. Cela renforce leur polyvalence et leur employabilité, et c’est un impact tout aussi important que les ventes.
Malgré tout, il y a encore des compétences techniques manquantes au sein de Metalgroup pour mener à bien le projet SCRAP. Conséquence immédiate : la production et, partant, la commercialisation sont ralenties.
J’aime bien de prendre l’image des vases communicants ou de l’écosystème. Un projet, c’est transversal ; ce n’est pas l’affaire d’un seul département dans une entreprise.
Dans ce cas-ci, le positionnement commercial doit être consolidé. Partant du constat que le lancement de SCRAP aurait gagné d’une stratégie de marque plus robuste, il y a tout un volet à investiguer et développer ici : identité forte, charte graphique, un site web adapté… Le tout appuyé par une stratégie marketing et commerciale. C’est pourquoi nous organisons régulièrement des rendez-vous Trio Gagnant, entre accompagnement business et accompagnement design. L’aspect commercial est fortement lié à la stratégie de marque. Et chez Wallonie Design, nous prenons régulièrement la posture de facilitateurs. Chaque expert·e possède sa vision du projet, mais l’idée, c’est que l’entreprise accompagnée ne perde pas de temps à essayer de lier les différents discours. Notre but, c’est de créer un discours commun, logique et cohérent.
La communication sur le projet a également toute son importance. Parler et faire rayonner des produits certes, mais surtout de l’aventure humaine derrière. Expliquer les savoir-faire internes et la raison d’exister de ces chutes permet un autre regard et d’attirer de nouveaux clients. Valoriser la montée en compétence des employé·es grâce à ce projet, le rayonnement au-delà de l’ETA… Le site web, par exemple, doit être plus proche des valeurs de la marque, il doit raconter l’histoire du projet, fédérer autour du projet global et pas uniquement du produit vendu. Ce contenu devra être diffusé aussi dans la communication des réseaux sociaux.
Enfin, d’après moi, la clé de la réussite de ce projet innovant et de l’intégration du design au sein de SCRAP, c’est l’engagement d’une personne dédiée en interne à sa gestion, qui suivrait le projet de manière transversale, mais aussi tous les autres projets d’innovation au sein de l’ETA. Cette personne pourrait amener une meilleure compréhension du projet, que cela soit en interne ou en externe, et ainsi créer une adhésion au projet en interne.
Être accompagné dès le début permet de prendre du recul, d’objectiver, de challenger, de réfléchir, de valider la cohérence entre le projet et la vision… Le but étant d’atteindre son objectif de façon plus directe.
À mes yeux, les prochaines actions pour SCRAP sont :
- Créer un site web plus commercial, basé sur la marque (et pas uniquement sur le produit) ;
- Communiquer de façon plus régulière sur les réseaux sociaux ;
- Créer un corner/showroom de la marque au sein de l’ETA ;
- Prioriser la commercialisation en boutique ;
- Développer un réseau de partenaires pour l’approvisionnement en chutes ;
- …Engager un·e designer ou chargé·e de projet d’innovation et de design.
SCRAP est un exemple probant de la complexité mais aussi du potentiel des initiatives qui croisent design, matériaux et inclusion sociale. Le projet montre qu’une ETA peut aussi innover par le design. Car la performance d’une entreprise ou d’un projet, n’est pas toujours à trouver dans les chiffres.
Pour ce genre de situation, je prônerais l’engagement d’un designer au sein d’une telle structure. Il ou elle pourrait gérer le projet, les processus en interne et remettrait plus que jamais l’humain au centre. Avec une vision claire de la raison d’être de ce projet commercial au sein d’une ETA, on arrive à créer des innovations et à faire parler de soi autrement. »
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