Et si l’origine devenait un véritable avantage concurrentiel ? Longtemps réservées à l’agriculture, les indications géographiques s’ouvrent aujourd’hui aux produits artisanaux et industriels. Elles offrent une réponse concrète pour protéger les savoir-faire, renforcer l’identité des productions et créer de la valeur durable pour les territoires. Le 10 décembre 2025, le Parlement wallon a adopté à l’unanimité ce nouveau décret, posant les bases d’un outil stratégique au service des entrepreneurs, de l’emploi local et du rayonnement des savoir-faire wallons.
Les indications géographiques (IG) sont un droit de propriété intellectuelle reconnu au niveau international depuis les années 1990, notamment dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce. Elles visent à protéger le nom d’un produit dont la qualité, la réputation ou les caractéristiques sont étroitement liées à un territoire, à son histoire et à ses savoir-faire. Si ce dispositif existait depuis longtemps pour les produits agricoles, il n’était pas intégré dans la législation européenne pour les produits artisanaux et industriels. Après près de dix années de mobilisation, un cadre juridique européen a finalement été mis en place afin d’aligner l’Union européenne sur les règles internationales et d’offrir aux produits artisanaux et industriels une protection équivalente.

Protéger l’authenticité
L’un des objectifs majeurs des IG est la protection contre la contrefaçon et la concurrence déloyale, notamment sur les marchés européens et internationaux. De nombreux produits artisanaux sont largement exportés, et une protection limitée au seul niveau national s’avère insuffisante. L’absence de protection fragilise certaines filières, menace leur pérennité économique et affaiblit leur position face à des imitations produites hors du territoire d’origine. L’IG permet ainsi de sécuriser les marchés, de stabiliser les filières et de renforcer la valeur économique des produits.
Un levier de développement territorial
Au-delà de l’aspect juridique, les IG constituent un véritable levier de développement territorial. La majorité des filières concernées est implantée en zones rurales, où ces activités non délocalisables jouent un rôle essentiel dans le maintien de l’emploi, l’attractivité des territoires et la transmission des savoir-faire. Le dispositif favorise également l’organisation collective de professionnels souvent habitués à fonctionner de manière individuelle. En structurant les acteurs autour d’un projet commun, l’IG permet de créer des dynamiques collectives et de développer une stratégie commune de communication et de valorisation des produits.
Les IG reconnaissent la diversité des savoir-faire, allant de l’artisanat traditionnel à des formes plus industrielles, sans chercher à les uniformiser. Elles prennent en compte la spécificité des écosystèmes locaux, la pluralité des marchés et intègrent pleinement les dimensions d’innovation et de création. Loin de figer les pratiques, l’IG vise à préserver l’identité du produit tout en lui permettant d’évoluer et de s’inscrire dans la modernité.
Comment ça fonctionne ?
La mise en place d’une IG repose sur une démarche ascendante (bottom-up). L’initiative vient des professionnels eux-mêmes – artisans, entreprises, PME – qui choisissent de s’organiser collectivement. Les collectivités territoriales jouent également un rôle clé, en accompagnant les démarches, en apportant une expertise territoriale et, dans certains cas, en portant directement les demandes.
Le cœur du dispositif est le cahier des charges, qui définit précisément le lien entre le produit, son territoire, ses caractéristiques, ses méthodes de production et son histoire. Ce cahier des charges fait l’objet de contrôles afin de garantir la crédibilité du label.
La procédure se déroule en deux étapes : une instruction nationale, assurée, pour la Région wallonne, par le Service public de Wallonie : SPW Économie, Emploi et Recherche puis une instruction européenne menée par l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle. Une fois enregistrée, l’IG bénéficie d’une protection juridique sur l’ensemble du territoire de l’Union européenne avec l’obligation pour chacun de lutter contre les usages frauduleux. Cette protection peut également être étendue à l’international grâce à des accords bilatéraux entre l’Union européenne et des pays tiers.
En pratique
Les résultats observés, notamment en France et au Portugal, sont très positifs : meilleure visibilité des produits, structuration des filières, élimination progressive des contrefaçons et renforcement de la compétitivité des entreprises locales. Les principaux défis restent le financement des démarches, la compréhension du dispositif par les professionnels, l’acceptation du travail collectif et, surtout, la nécessité de faire vivre l’indication une fois reconnue par des actions continues de communication et de promotion.
Photo de couverture : © Silvia Cappellari
