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Mise en lumière

mai 2018

L’été, il est maintenant possible de se baigner dans le Bassin de la Villette en plein cœur de Paris. Composé de trois cubes flottants de 100 x 16 m, ce projet ambitieux a été mis sur pieds par l’entreprise liégeoise Dock Marine, aujourd’hui leader du marché des bassins flottants et modulaires.

Sa soif de l’innovation et son expertise alliées à la connaissance du design de l’agence iol ont été mises à profit d’un projet non sans impact sur les habitants de Paris. Dans le contexte de notre focus sur les espaces, nous avons rencontré François-Xavier Denis, l’un des fondateurs de Dock Marine, ainsi que Michaël Verleyen, administrateur d’iol, pour parler écologie, intégration du design et baignade naturelle.

 

©Dock Marine Europe

 


  • L’intégration du design dans le projet et les défis relevés
  • Les dimensions environnementales et sociologiques
  • La baignade en eau naturelle : une pratique axée vers l’avenir

 

Qui sont Dock Marine et iol ?

 

Dock Marine Europe est une entreprise basée à Liège spécialisée dans la distribution de pontons flottants modulaires. Pilotée par Alexandre de Vits, François-Xavier Denis et trois collaborateurs, elle est active depuis 2009 principalement en France et en Belgique, et opère depuis quatre ans sur l’ensemble du marché européen. Pour la réalisation du bassin de la Villette à Paris, l’entreprise s’est associée à iol Strategic Design, une agence liégeoise de design industriel active depuis 20 ans et dirigée par Myriam Carbonnelle, François Royen et Michaël Verleyen.

 

L’intégration du design

 

La collaboration avec iol a permis d’arriver à un résultat abouti.
François-Xavier Denis

 

Avant qu’un appel d’offres soit lancé par la Ville de Paris, Dock Marine avait déjà vendu des projets de baignade sur rivières, mais à plus petite échelle (20m x 20m). L’entreprise avait donc une certaine expertise dans l’installation de baignades flottantes en milieu naturel. Plusieurs projets avaient été consultés, néanmoins c’est Dock Marine qui l’a emporté : « Nous avons remporté cet appel d’offres grâce à notre expertise en systèmes pontons modulaires et légers. Ce fût une grande surprise car nous sommes une petite entreprise en comparaison à d’autres participants, » nous explique François-Xavier Denis, fondateur de Dock Marine.

©iol

 

Habitué à travailler sur le développement de pontons, Dock Marine réalise rapidement que ce projet est bien plus ambitieux et complexe. « La taille du bassin présenté à la Ville de Paris dépassait toutes leurs précédentes expériences. Il a donc fallu concevoir de nouvelles manières de maintenir les fonds immergés, de garantir la solidité et répondre aux normes de sécurité de la Ville de Paris durant les trois années de contrat, » détaille Michaël Verleyen, administrateur d’iol.

Prenez un exemple concret : Dock Marine n’avait jamais dû, par souci esthétique, réaliser une structure d’habillage avec un plancher en bois, ou encore concevoir des garde-corps avec une structure en aluminium et des panneaux transparents, au lieu des garde-corps en filet utilisés pour leurs précédentes structures.  Tant d’éléments nouveaux pour lesquels l’entreprise devra faire appel aux compétences de designers industriels. « Sans le design, ce projet n’aurait pas pu voir le jour, » nous confie l’administrateur de Dock Marine.

L’entreprise contacte alors plusieurs organismes afin de trouver le partenaire apte à faire évoluer le développement du produit en tenant compte de trois nouveaux facteurs : la taille, l’esthétique et la sécurité. C’est ici qu’iol entre en jeu, et c’est leur expérience, leur esprit critique, leur inventivité et surtout leur réactivité qui ont séduit le commanditaire.

 

Les réunions de travail entre Dock Marine et iol ont été nombreuses avant d’entamer les premiers tests ©iol

 

Une fois les designers d’iol intégrés à l’équipe, les défis restent nombreux: « Premier constat : les délais sont très courts et il y a beaucoup de points techniques, ergonomiques, de normatives et de design à étudier, mais j’aime les défis, » explique Michaël Verleyen. Heureusement, iol et Dock Marine étant deux petites entreprises très pragmatiques et polyvalentes (comptant respectivement sept et quatre employés), la communication se déroule de manière très proche et directe et la collaboration avec les designers reste axée sur l’aspect pratique : « On a passé beaucoup de temps à partager nos idées, à les mettre en œuvre et les tester, » ajoute l’administrateur d’iol.

 

Montage à plus petite échelle réalisé sur la Meuse pour tester les principes développés par iol. ©iol

 

Le travail de l’agence de design a aussi été de requestionner le projet. Pourquoi ne pas réfléchir directement à une solution qui puisse être modulaire et s’adapter à différents lieux ? Cette réflexion a été fort profitable au projet car une fois l’inauguration réalisée, la Ville de Paris s’est rendue compte que le plus petit bassin (la pataugeoire) était celui qui rencontrait le plus de succès. La commande pour l’été 2018 a donc été revue dans ce sens. D’autre part, cette solution modulable permet à Dock Marine de répondre à ce type de demande pour d’autres villes.

Montage à la Villette à Paris, juin 2017 ©iol

 

Les dimensions environnementales et sociologiques

 

 Se baigner dans un cours d’eau naturel est un geste à la fois écologique et sociologique.
François-Xavier Denis

 

Dock Marine et iol accordent une attention particulière au développement durable, non seulement dans le choix des matériaux utilisés, qui peuvent parfaitement être recyclés en fin de vie, mais aussi en faisant appel à des entreprises locales pour le développement et la conception du produit. Outre les ressources, c’est surtout le concept en lui-même qui renferme des dimensions écologiques et sociologiques. Permettre aux citadins de se baigner dans un cours d’eau naturel, c’est aussi les laisser recréer un lien avec la nature et limiter l’utilisation de chlore : « À chaque fois qu’une personne se baigne dans un cours d’eau, ce sont des litres de chlores qui ne sont pas utilisés, » appuie François-Xavier Denis. Ce projet s’inscrit dans le courant des Contrats de Rivière, des programmes volontaires mettant les usagers d’un cours d’eau autour d’une même table, afin qu’ils se mettent d’accord sur une série d’objectifs et d’actions. Par conséquent, le projet est loin d’être purement commercial, mais bien écologique et sociologique. Deux dimensions se rejoignent : « Se baigner dans l’eau naturelle devant chez soi est un geste à la fois écologique et sociologique, » conclut le fondateur de Dock Marine.

 

©Ville de Paris

 

La baignade en eau naturelle : une pratique axée vers l’avenir

 

Paris innove et prend soin de ses citoyens.
          Michaël Verleyen

 

Depuis le succès rencontré à Paris, Dock Marine a reçu pas mal de nouvelles demandes d’autres agglomérations en France, mais aussi de Belgique. Rien de très surprenant au vue de l’engouement généré par le Bassin de la Villette: « Nous sommes conscients que notre produit est innovant et donne une solution d’infrastructure simple aux communes qui ont un point d’eau, » ne se cache pas  François-Xavier Denis. Il faut dire que la baignade urbaine en eau naturelle est remise à l’honneur depuis environ 5 ans dans le cadre d’une réflexion plus générale sur l’espace public et la vitalité urbaine.

On pourrait donc un jour profiter de ces mêmes bassins en Belgique puisque leur réalisation n’est soumise qu’à deux conditions : premièrement, la qualité de l’eau doit être décrétée propre à la baignade par les autorités sanitaires, ce qui devrait pouvoir être le cas chez nous. Deuxièmement, le trafic de bateaux ne doit pas mettre les baigneurs en danger.  Liège pourrait donc s’avérer quelque peu compliqué à cause du passage des péniches sur la Meuse, néanmoins le canal de Bruxelles est tout à fait envisageable. Plutôt réjouissant, non ?

©Ville de Paris

 

Le projet en quelques chiffres clés 

  • 1400 heures de montage
  • 10 containers livrés dans Paris, rive droite du bassin, transférés rive gauche pour le montage
  • 2000 nageurs par jour
  • 9 points de contrôle
  • 55.808 visiteurs
  • 3 bassins
  • 564 m2 de platelage

 


Le Bassin de la Villette incarne l’exemple d’un projet où le design est intégré au cœur du développement du produit et permet, en étroite collaboration avec l’entreprise, d’arriver à un résultat abouti et de pousser le projet plus loin que les plans initiaux. Au delà de permettre aux citadins de se rafraîchir en saison estivale, ce projet crée une réelle symbiose citadine en rapprochant les habitants d’une ville, leur offrant un lieu de rencontre et de partage, le tout dans le respect de l’environnement.


Article rédigé par Souria Cheurfi

 

Article rédigé avec le soutien du Fonds européen de développement régional.