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Dossier

 

En regardant le panel d’entreprises wallonnes qui travaillent quotidiennement avec un designer industriel, nous nous rendons compte que le métier du designer industriel peut varier fortement d’une entreprise à l’autre. Comme il n’existe ni référentiel ni descriptif officiel de cette fonction en Belgique, il n’est pas évident de comprendre ce métier et son apport pour le développement d’une entreprise.

Quel est le rôle d’un designer industriel intégré en entreprise ? Quelles sont les compétences et les tâches qui lui incombent ? Quelles missions peuvent lui être confiées ? Autant de questions que nous avons essayées d’élucider en faisant appel à plusieurs designers travaillant pour le compte d’une entreprise.

Cet article pourra aider les entreprises qui souhaitent engager un designer industriel en interne. Il se veut généraliste et permet d’avoir une vision globale du métier. Généralement, chaque designer se spécialise dans certaines missions et compétences énumérées ici et n’est pas à même de les englober toutes.

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© Deepwater Studio

Le designer industriel intégré est un salarié d’une entreprise. Il a, néanmoins, un statut particulier puisqu’il contribue activement à l’innovation et la différenciation de l’entreprise. En effet, l’intégration d’un designer enrichit la culture d’entreprise puisque celui-ci développe une vision d’ensemble de l’entreprise (image, valeurs, objectifs, produits et services associés). Intégré en entreprise, le designer industriel peut également influencer la direction éthique et la durabilité. Dans certaines entreprises, il participe même au choix des nouveaux équipements technologiques, à la mise en place du bureau de développement du produit, ou encore à la stratégie de communication sur les produits.

Les missions que le designer intégré prendra en charge dépendront toujours du management et de la structure interne de l’entreprise en question.

Définition de la fonction du designer industriel

Imaginer, étudier, optimiser, rationaliser et donner forme aux produits fabriqués à l’aide de techniques industrielles.

Intégré à l’entreprise, le designer industriel participera au développement de nouveaux produits (combinaison de biens et services) qui répondent efficacement aux besoins identifiés chez les utilisateurs (fonctionnalité de l’objet), en intégrant des éléments générateurs de valeurs pour l’entreprise (différenciation) tout en garantissant le respect des objectifs économiques définis par le marketing.

Le designer intégré a une vision d’ensemble de l’entreprise qui l’emploie, son image, sa culture, ses produits et services. Il doit également être garant de la qualité « globale » des futurs produits au travers de leurs impacts sociétal et environnemental.

 

Le designer industriel dans l’organigramme d’une entreprise

Dans certaines entreprises, le designer collabore directement avec les autres départements. D’autres possèdent un département design et, dans ce cas, les designers font partie d’une équipe dirigée par un designer senior ou manager. La place du designer peut évoluer dans l’organigramme de l’entreprise avec le niveau de maturité design de cette dernière. Plus le design sera intégré dans la stratégie et la culture de l’entreprise, plus la place du designer sera importante dans les activités de cette dernière.

Sa fonction peut s’exercer sur trois niveaux :

  • Le niveau opérationnel : le designer développe et concrétise un produit industrialisable en série pour le compte d’une entreprise tout en gérant les activités (ressources, projets, partenaires, budget, calendrier).
  • Le niveau stratégique : le designer met en place la politique design au sein de l’organisation et gère les activités en fonction de la stratégie dans un objectif de différenciation.
  • Le niveau managérial : le designer réfléchit à intégrer le design et l’innovation dans la stratégie et la culture de l’entreprise.
L’échelle du design (Danish Design Ladder) mesure l’utilisation du design par les entreprises. Utilisation qui peut d’ailleurs prendre plusieurs formes telles que le développement de nouveaux produits, la conception de service ou encore la stratégie de communication et graphique.

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Les profils

Il existe différents profils de designer industriel liés fortement à l’expérience professionnelle de celui-ci.

Designer junior
  • Diplôme : Bachelor ou Master.
  • Participer étape par étape à la conception de produits.
  • Rapporter à un chef de projet et le questionner si besoin en est.
« Middle weight » designer (ou designer produit dans les grandes entreprises)
  • Diplôme : Bachelor ou Master.
  • 2 à 5 ans d’expérience.
  • Apte à travailler de manière autonome.
Designer senior
  • Diplôme : Bachelor ou Master.
  • Minimum 5 ans d’expérience.
  • Elaborer de manière autonome ou en équipe l’ensemble d’un projet.
  • Veiller au suivi et à la gestion du projet.
Design manager
  • Diplôme : Bachelor ou Master.
  • Plus de 8 à 10 ans d’expérience ou études complémentaires en marketing ou gestion.
  • Collaborer à la stratégie globale de l’entreprise.
  • Répondre de la gestion des ressources budgétaires allouées au design.
  • Donner aux designers une direction générale qui sera associée à la culture de l’entreprise et à son image de marque.
  • Disposer d’une expertise étendue dans son domaine.
  • Jouer le rôle d’interface avec le Top Management.
  • Recruter, gérer et motiver le studio de design.
  • Contrôler la charge de travail de chaque designer et la redistribuer si nécessaire.
  • Recruter et gérer les designers et agences externes.
  • Arbitrer et modérer les éventuels problèmes avec les autres départements.
  • Endosser la responsabilité pour les éventuels échecs et retards de développement.

Compétences et missions du designer industriel intégré

1. Compétences

Le designer doit combiner une série de compétences générales techniques mais aussi parfois de gestion et marketing ainsi que relationnelle et communicationnelle :

Capacités techniques :

  • Maîtrise des langages plastiques formels (2D, 3D, maquettage, impression 3D).
  • Connaissance des techniques industrielles de fabrication et d’assemblage.
  • Connaissance en méthodes d’ergonomie et d’analyse de la valeur.
  • Connaissance des normes de qualité, de sécurité et d’environnement.

Compétences relationnelles :

  • Esprit critique, analytique, systémique et synthétique.
  • Ecoute et adaptation.
  • Compétences d’observation des usages, des comportements sociétaux et des technologies.
  • Capacité d’adaptation face à ses interlocuteurs.

Grâce à ces différentes compétences, le designer crée de la valeur ajoutée en développant des solutions attractives tant au niveau du concept, de la fonction que de l’esthétique. Ces solutions dégageront un pouvoir émotionnel source d’attractivité pour le client.

© Peter Samuels
2. Missions

Le designer industriel travaille de manière itérative et agile en suivant différentes étapes :

 

a. Observation et analyse
  • Intégrer la stratégie de l’entreprise et analyser la proposition de valeurs, de l’environnement concurrentiel, sociétal et légal, l’outil industriel et de la relation client.
  • Challenger les techniques de production et les matériaux internes ou externes à l’entreprise.
  • Exercer une veille active des évolutions sociétales et technologiques, des tendances et du style. Se tenir informer de l’évolution constante du marché ainsi que des solutions technologiques de sous-traitance existantes.
  • Observer les utilisateurs potentiels et comprendre leurs besoins et attentes.
  • Appréhender le problème pour envisager le produit à concevoir.
  • Evaluer le risque et/ou l’atout qu’un nouveau produit peut apporter à l’entreprise.
  • Rédiger un rapport d’observation qui enrichit le cahier des charges et qui mettra en évidence les premières opportunités d’innovation.

 

b. Recherches et propositions
  • Projeter différentes pistes créatives, plusieurs scénarios d’usage en mettant en avant les outils et savoir-faire de l’entreprise.
  • Etudier les cas de figure mettant en scène l’objet avec différents utilisateurs potentiels dans différents environnements afin de mettre en évidence les problèmes auxquels le produit devra répondre.
  • Prendre en compte les acteurs durant tout le cycle de vie du produit afin d’améliorer, faciliter, optimiser leurs interactions avec l’objet (durant la phase de fabrication, d’assemblage, de transport, de stockage, de mise en rayon, d’utilisation et de fin de vie).
  • Présenter les différents concepts sous forme crayonnée à main levée, par la réalisation de maquettes ou d’imagerie 3D.
  • Présenter les projets sous forme de dessins ou images avec une première approche des ressources techniques et humaines à mettre en œuvre pour la réalisation.
  • Réaliser des maquettes et prototypes 3D, valider ou invalider un concept éventuellement en testant rapidement les idées auprès d’utilisateurs.
  • Élaborer le produit en tenant compte des méthodes de fabrication internes et des contraintes budgétaires.
©FrancoisXavierCardon
c. Collaboration avec les partenaires

La gestion d’un projet demande une collaboration entre des entités qui ne parlent pas le même langage, telles que des commerciaux et des responsables de production. Par le langage visuel (esquisse, modélisation, schéma…), le designer facilite la communication et aide à la bonne compréhension du projet par toutes les parties prenantes.

  • En tant que facilitateur, synthétiser les meilleures idées validées par les divers intervenants.
  • Intégrer les utilisateurs externes les plus représentatifs au sein de l’équipe projet interne.
  • Motiver l’équipe projet en la constituant très tôt dans le processus et en l’aidant à comprendre les utilisateurs représentatifs cibles.
  • Aider l’équipe projet à visualiser le plus rapidement possible et le plus clairement possible les idées.
  • Organiser, gérer et synthétiser des brainstormings en interne ou avec les clients afin d’ouvrir les esprits et booster la créativité et l’innovation.
  • Présenter officiellement les projets et concepts au management et/ou au marketing.
© Carat Duchatelet – Les deux designers industriels travaillent au sein de la cellule Recherche & Développement avec un ingénieur.
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d. Développement et modélisation
  • Guider le choix des matériaux et des techniques de production en fonction des objectifs et de l’entreprise (conseil sur base d’une connaissance des coûts et des spécificités générales d’une grande variété de matériaux et de techniques de production).
  • Aiguiller le choix des partenaires industriels (sous-traitants) et des échanges avec eux.
  • Comprendre l’outillage du fabricant et mettre au point la forme de l’objet afin d’y répondre.
  • Optimiser et rationaliser le produit afin de réduire les coûts de production.
  • Intégrer une réflexion environnementale (ex. réfléchir à la recyclabilité d’un produit en fin de vie).
  • Modéliser le projet retenu avec l’outil informatique.
  • Produire les fichiers d’exécution exploitables par les différents départements ou fournisseurs de l’entreprise.

e. Suivi

Le designer assurera également le suivi de la réalisation et veillera à l’intégration des éléments plus complexes tout en respectant le processus du projet de l’entreprise, notamment les normes de qualité, délais, validations, etc.

  • Suivre l’industrialisation, contrôler la qualité et la fidélité du projet et effectuer les modifications nécessaires en maintenant la personnalité du projet. Notons qu’au sein de grandes entreprises multinationales, le suivi d’industrialisation n’est pas réalisé par le designer mais des équipes d’ingénieurs et techniciens dédiés à cette fonction.
  • Créer une nomenclature de composants d’un produit pour le référencement.

 

Pour tout renseignement complémentaire ou spécifique à votre situation, n’hésitez pas à nous contacter nicolas.delathuy@walloniedesign.be.


Sources

Ce document a été réalisé sur la base de l’article « Designer industriel, cet inconnu » publié par Wallonie Design en 2014 dans le cadre d’un projet d’intégration de la fonction de designer industriel dans les études salariales. Ce document avait été réalisé en collaboration avec les designers Pierre Julémont (Babyliss), Jean
Paternotte (AstralDesign) , Gérard Pitance (Stûv), François Royen (iol) et Yves Voglaire (Design en jeu).

La description de fonction parue à 2014 a été enrichie par plusieurs designers industriels intégrés en entreprise, à savoir George Gintikis (ABV), Vincent Jalet (Tupperware), Thomas Vancraeynest (Chacon), Dominique Amodei (Mobitec), Amaury Pays (Mineral Products International), Etienne Brandt (Flying Cam), François Bormans (Sirris), Julien Gavray (R-Tech), Thomas Lemaire (Globall Concept), Thiebaut Carlier (Carat Duchatelet), Marie Renaud (Stûv), Christian Ahn (Stûv), Sophie Bourgeois (Babyliss), J.Buret (JDTech), Tony Rey Paulino (Design TRP). 

ASSOCIATION DES DESIGNERS INTEGRES, Designer intégré, un statut particulier dans le monde du design, 2012 Disponible sur : https://bit.ly/2Nf4pwj

DGCIS, Référentiel des métiers du design, 2013 Disponible sur : http://bit.ly/designer_integre

FEDI, Intégrer le design en entreprise, 2013 Disponible sur : http://bit.ly/metiers_du_design

UQAM, Les designers en entreprises de fabrication au Québec, 2011, Disponible sur: http://bit.ly/designers_en_entreprises

WALLONIE DESIGN, Designer industriel, cet inconnu, 2014 Disponible sur : http://bit.ly/focus_industriel

 

Article rédigé avec le soutien du Fonds européen de développement régional.